Tu l’as forcément vu en photo. Une coupole rose et vert-de-gris posée sur la Promenade des Anglais, un portier en livrée devant la porte, et la baie des Anges en face. Le Negresco, c’est la carte postale de Nice.
On va être honnêtes tout de suite : on n’y a jamais dormi. Avec deux enfants et un voilier à entretenir, notre budget part ailleurs. Mais à chaque escale à Nice, Sofia nous traîne prendre un verre au bar de l’hôtel, rien que pour le décor. Et à force, on a fini par bien connaître la maison, son histoire et ce qu’on peut y voir sans réserver une chambre.
Un palace de la Belle Époque, ouvert en 1913
L’histoire commence avec un homme. Henri Negrescu, né à Bucarest, monte à Paris et devient maître d’hôtel dans les grandes maisons. Il rêve d’ouvrir son propre palace sur la Côte d’Azur, là où l’élite européenne passe l’hiver.
Avec le soutien de l’industriel Alexandre Darracq, il confie les plans à l’architecte Édouard-Jean Niermans, spécialiste des grands hôtels et casinos. Le Negresco ouvre ses portes le 4 janvier 1913. À l’époque, il compte environ 420 chambres, presque toutes avec salle de bains privée, ce qui est alors un luxe rare.
Le timing est terrible.
Dès 1914, l’hôtel est réquisitionné et transformé en hôpital militaire. Après la guerre, la clientèle a changé, les affaires ne reprennent pas, et Negrescu fait faillite. Il meurt peu après. Le palace passe à une société belge, puis devient en 1928 l’un des membres fondateurs du réseau The Leading Hotels of the World.
Jeanne Augier, la femme qui a fait le Negresco moderne
Le vrai tournant date de 1957. Jean-Baptiste Mesnage, entrepreneur breton, rachète l’hôtel et en confie la gestion à sa fille Jeanne et à son mari, Paul Augier.
Jeanne Augier bouscule tout. À une époque où les palaces cultivent les boiseries sombres, elle ose la couleur, les tapis de Raymond Moretti sur le marbre de Carrare, le mélange de mobilier ancien et d’art contemporain. Elle achète des œuvres pendant des décennies, et l’hôtel devient une sorte de musée où l’on dort.
Pendant les années 1960 et 1970, le Negresco est un lieu de fête pour le cinéma et la mode. L’hôtel raconte lui-même que Salvador Dalí s’y promenait avec un guépard en laisse, et que Paul McCartney y aurait griffonné les paroles de The Fool on the Hill. Elton John y a tourné une partie du clip de I’m Still Standing.
À sa mort, Jeanne Augier a légué sa fortune au fonds de dotation Mesnage-Augier-Negresco, qui possède aujourd’hui l’hôtel. C’est d’ailleurs l’un des derniers cinq-étoiles indépendants de France, sans grand groupe derrière.
Ce qu’il faut regarder en entrant
Si tu ne retiens qu’une pièce, c’est le salon royal. Une grande salle ovale sous une verrière, qui occupe l’ancienne cour intérieure de l’hôtel, avec un lustre monumental en cristal de Baccarat au centre. Les enfants sont restés le nez en l’air plusieurs minutes, ce qui chez nous relève de l’exploit.
Ce salon et sa verrière sont classés monuments historiques depuis 2003. Les façades et les toitures, elles, étaient déjà protégées depuis 1975. Prends le temps de regarder la façade depuis la plage, de l’autre côté de la promenade : la coupole et les deux rotondes se voient mieux avec un peu de recul.
Dans les couloirs et les salons, les styles se télescopent. Portraits royaux, meubles d’époque, sculptures contemporaines colorées. On aime ou on trouve ça chargé, mais on ne reste pas indifférent. Sofia adore, Julien trouve qu’il y a trop de rouge. Le débat dure depuis des années.
Dormir au Negresco : ce qu’il faut savoir
Chaque chambre a sa propre décoration, ce qui fait partie du charme. Deux chambres ne se ressemblent pas, et ça vaut le coup de demander une vue mer au moment de réserver, la différence d’ambiance est énorme.
Côté prix, on est dans la gamme des palaces de la Côte d’Azur, avec de fortes variations selon la saison et les événements. Le Carnaval, le Grand Prix de Monaco ou les grands congrès font grimper les tarifs. Si tu vises une nuit d’exception, l’arrière-saison est souvent plus raisonnable, et la lumière sur la baie y est plus belle.
L’hôtel a ajouté ces dernières années une plage privée, N La Plage, ouverte en 2022, puis un spa en 2024. Pour le reste, regarde directement le site officiel, les offres changent souvent.
Manger ou boire un verre sans y dormir
C’est notre façon préférée de profiter du lieu. Le bar est ouvert à la clientèle extérieure, avec ses boiseries et son ambiance feutrée. Un cocktail y coûte nettement plus cher qu’en ville, on ne va pas te mentir, mais tu paies aussi le décor.
L’hôtel compte deux restaurants. Le Chantecler, la table gastronomique, et La Rotonde, plus décontractée, avec son décor de manège ancien qui plaît beaucoup aux enfants. Les horaires et les formules évoluent, vérifie avant d’y aller.
Tenue correcte attendue, évidemment. On s’est déjà fait la réflexion en débarquant en short et sandales de pont après une journée en mer. On n’a pas été refoulés, mais on a eu l’impression d’être en décalage.
Autour du Negresco, à pied
L’hôtel est très bien placé pour visiter Nice sans voiture. En sortant, tu tombes directement sur la longue balade de la Promenade des Anglais, avec ses chaises bleues et ses plages de galets.
Juste derrière l’hôtel, parallèle à la mer, court une rue plus commerçante et plus vivante, avec boulangeries, petits restaurants et boutiques. On en parle dans notre article sur la rue de France et ses adresses.
En longeant la mer vers l’est, compte une vingtaine de minutes à pied pour rejoindre le centre. Tu passes par la grande place Masséna et ses façades rouges, puis tu entres dans le Vieux-Nice, ses ruelles et son marché du cours Saleya.
Dans la vieille ville, la cathédrale Sainte-Réparate et son décor baroque mérite un arrêt. Et pour finir, grimpe jusqu’à la vue panoramique de la colline du Château. De là-haut, tu vois toute la baie des Anges, et tu repères la coupole du Negresco tout au bout. C’est notre fin de journée préférée à Nice.
Nos conseils pour une visite réussie
- Viens en fin d’après-midi, quand la lumière dore la façade. Les photos sont bien meilleures qu’à midi.
- Évite les grands événements niçois si tu veux voir le hall calmement.
- Pour une nuit au Negresco, réserve tôt et demande une chambre côté mer.
- Avec des enfants, privilégie La Rotonde plutôt que la table gastronomique. Tout le monde sera plus détendu.
Le Negresco ne se résume pas à un hôtel de luxe. Plus de cent ans d’histoire de Nice tiennent dans ses murs, et un simple café dans son bar suffit pour en profiter un peu.
Questions fréquentes
Peut-on visiter l’hôtel Negresco sans y dormir ?
Il n’y a pas de visite guidée ouverte à tous, mais le bar et les restaurants accueillent la clientèle extérieure. Prendre un verre ou déjeuner est le moyen le plus simple de voir le salon royal et le décor. Une tenue correcte est attendue.
Quand l’hôtel Negresco a-t-il été construit ?
L’hôtel a été dessiné par l’architecte Édouard-Jean Niermans et inauguré le 4 janvier 1913. Il a été voulu par Henri Negrescu, un maître d’hôtel d’origine roumaine. Ses façades sont protégées depuis 1975 et le salon royal est classé depuis 2003.
À qui appartient le Negresco aujourd’hui ?
Le Negresco appartient au fonds de dotation Mesnage-Augier-Negresco, auquel Jeanne Augier a légué sa fortune. C’est l’un des derniers palaces cinq étoiles indépendants en France.
Combien de temps faut-il pour rejoindre le Vieux-Nice depuis le Negresco ?
Compte une vingtaine de minutes à pied par la Promenade des Anglais et la place Masséna. La balade en bord de mer fait partie du plaisir, surtout en fin de journée.




