Tu traverses la place de la cathédrale, tu passes une porte discrète, et le bruit de la ville disparaît. Devant toi, un grand carré vide, bordé de murs blancs percés de niches en arc brisé. Pas de tombe au sol, pas de croix. Juste du silence et un ciel très bleu.
La première fois, on est entrés au Campo Santo sans savoir ce que c’était. Les enfants ont cru à une cour de château. Quand on leur a expliqué que c’était un cimetière, ils ont baissé la voix d’un coup, sans qu’on ait rien demandé.
Ce lieu à part, on te raconte ce qu’il faut savoir avant d’y aller, et comment le vivre autrement, un soir de septembre.
Un cimetière construit comme un cloître
Le Campo Santo est un cloître-cimetière, une forme rare au Moyen Âge. Au lieu d’enterrer les morts en pleine terre autour de l’église, on a construit une grande cour fermée, entourée de galeries couvertes. Les travaux commencent à la fin du XIIIe siècle, au sud de l’église Saint-Jean-le-Vieux, et le lieu sert de cimetière jusqu’à la Révolution.
On le présente souvent comme le plus ancien cloître-cimetière de France. Ce qui frappe surtout, c’est son échelle. Tu t’attends à un petit jardin de curé, tu découvres une vraie place.
À l’origine, quatre galeries entouraient un ossuaire central. Aujourd’hui, il reste trois murs, avec leurs rangées d’enfeus.
Les enfeus, ces niches funéraires
Un enfeu, c’est une niche voûtée creusée dans un mur pour accueillir une sépulture. Au Campo Santo, ils s’alignent les uns à côté des autres, avec leurs arcs en pointe en marbre et en pierre.
Ces enfeus servaient aussi de petites chapelles pour les grandes familles de Perpignan. Les plus riches avaient droit à leur niche, avec parfois des blasons sculptés. Les pauvres, eux, finissaient dans l’ossuaire au centre de la cour. La différence sociale se lit encore dans la pierre.
Prends le temps de longer les murs lentement. Certains enfeus gardent des inscriptions et des décors gravés, et on a passé un bon moment à jouer avec les enfants à repérer les blasons.
La Funeraria et ses vitraux contemporains
Dans un angle du cloître se trouve la chapelle de la Funeraria, construite entre 1383 et 1389. C’était la chapelle funéraire liée au cimetière, avec de beaux chapiteaux sculptés.
Elle réserve une surprise. Ses vitraux sont signés Shirley Jaffe, une peintre américaine installée en France. Ses formes colorées et géométriques tranchent avec la pierre médiévale, et le contraste fonctionne très bien. On ne s’y attendait pas du tout.
Un ensemble à voir avec la cathédrale
Le Campo Santo fait partie de l’ensemble cathédral de Perpignan. Autour de lui, tu as l’église Saint-Jean-le-Vieux, la plus ancienne, avec son portail roman en marbre, la chapelle du Dévot-Christ et, bien sûr, la cathédrale Saint-Jean-Baptiste et sa nef géante.
Le site a longtemps été oublié et en partie occupé par d’autres constructions. Il a fallu de gros travaux de dégagement et de restauration, menés entre 1984 et 1991, pour qu’il retrouve l’allure qu’on lui connaît aujourd’hui.
Notre conseil : fais les deux à la suite. La cathédrale d’abord, puis le Campo Santo. L’un est sombre et plein, l’autre est ouvert et lumineux, et c’est ce contraste qui rend la visite intéressante.
Les soirées de Visa pour l’Image
Le Campo Santo change complètement de visage pendant le festival international de photojournalisme Visa pour l’Image, fin août et début septembre.
Chaque soir de la première semaine du festival, un écran géant est installé dans le cloître, et les projections commencent à 21 h 30. Les photographes y présentent l’actualité de l’année écoulée, en images. L’entrée est libre.
On y est allés un soir avec les deux grands. Le cloître plein à craquer, assis par terre, le silence pendant les images de guerre, puis les applaudissements. Ce sont des images dures, parfois très dures. Avec des enfants jeunes ou sensibles, on te conseille de lire le programme avant, ou de rester près de la sortie.
Pratique : viens en avance, les places partent vite. Et prends une petite laine, les soirées peuvent fraîchir en septembre. Il n’y a pas de repli prévu en cas de mauvais temps.
Les concerts de l’été
En dehors du festival photo, le cloître accueille d’autres événements, et notamment des concerts en plein air pendant l’été. L’acoustique entre ces murs est étonnante, et assister à un concert sous les étoiles dans un ancien cimetière médiéval laisse un souvenir à part.
La programmation change chaque année. Regarde l’agenda de la ville ou de l’office de tourisme avant ton séjour, et réserve tôt pour les dates les plus demandées. Si tu aimes ce genre de soirées, on a réuni d’autres idées dans notre sélection de festivals de musique et d’arts en Méditerranée.
Infos pratiques pour ta visite
Le Campo Santo est situé juste au sud de la cathédrale, dans le centre historique, à quelques minutes à pied du Castillet. Pas besoin de voiture, tout se fait à pied dans le centre.
Les horaires d’ouverture varient selon la saison et les événements. Le cloître peut être fermé au public pendant les montages de concerts ou de projections. Le plus sûr est de vérifier auprès de l’office de tourisme, qui propose aussi des visites guidées de l’ensemble cathédral.
Compte une demi-heure pour en faire le tour tranquillement, un peu plus si tu prends le temps de regarder les enfeus de près. En plein été, vas-y le matin, la cour est en plein soleil l’après-midi et il n’y a presque pas d’ombre.
Prolonger la balade dans le vieux Perpignan
En sortant, remonte vers le Castillet et son musée catalan, à quelques minutes. Du haut de la tour, tu vois les toits de la vieille ville jusqu’aux Pyrénées.
Si tu veux suivre l’histoire de la ville dans l’ordre, enchaîne avec le palais des rois de Majorque, plus au sud. C’est sous cette dynastie que le chantier de la cathédrale a été lancé.
Notre avis
Le Campo Santo ne demande pas beaucoup de temps et il ne ressemble à rien d’autre. On le conseille à tous ceux qui passent à Perpignan, même pressés.
Et si tu peux caler ton passage début septembre, réserve une soirée pour les projections de Visa pour l’Image. C’est là que le lieu prend tout son sens.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le Campo Santo de Perpignan ?
C’est un cloître-cimetière médiéval, construit à partir de la fin du XIIIe siècle à côté de la cathédrale Saint-Jean-Baptiste. Il a servi de cimetière jusqu’à la Révolution. Il garde aujourd’hui trois murs bordés d’enfeus, ces niches funéraires voûtées.
Les projections de Visa pour l’Image au Campo Santo sont-elles gratuites ?
Oui, l’entrée est libre. Les soirées ont lieu pendant la première semaine du festival, début septembre, à partir de 21 h 30. Arrive en avance, le cloître se remplit vite et il n’y a pas de repli en cas de mauvais temps.
Combien de temps faut-il pour visiter le Campo Santo ?
Une demi-heure suffit pour faire le tour du cloître et voir la chapelle de la Funeraria. Compte une heure et demie si tu ajoutes la cathédrale voisine et le Dévot-Christ.
Le Campo Santo est-il ouvert toute l’année ?
Les horaires changent selon la saison et le cloître peut fermer pendant les montages d’événements. Renseigne-toi auprès de l’office de tourisme de Perpignan avant d’y aller.




